Bleue,
ici profonde et là légère,
l’onde envahit la partie basse,
dépose sur le rivage des sédiments
d’une matière travaillée
où s’échoue quelque
circuit électronique/coquillage,
et s’étale nonchalamment
en un bassin nautique qui forme violon.
Noir, un trait sillonne cette mer, mais
sa sinuosité ne fait concession
apparente au pittoresque que pour délimiter
des silhouettes aux regards étonnés
ou inquiets. Croyez-vous voir une fleur
rouge ou, tel un cerf-volant, une double
hélice dans les airs ? Ce sont
en fait images de molécules fondamentales
de la vie. Et à l’oeil attiré
vers l’espace s’impose, massive,
une tour : à la fois observatoire
d’où un Janus de pierre jauge
le monde en ombres et lumières
et tour-prison qui le fige lui-même
en ses enserres.
La peinture de Chantal
Dufour porte trace de cette tension permanente
entre élan et réflexion.
Au départ un trait libre, un graphisme
qui anime l’espace de dizaines de
personnages ou d’oiseaux fantastiques,
peuple étrange de signes et d’écritures
dont la théorie se déploie
en courbes et volutes. Ou encore visages
lippus, d’un seul regard imbriqués
l’un à l’autre, ici
rehaussés de cru, là fusionnés
par des fondus.
Mais deux n’est
un, s’il le fut jamais originellement
; d’où la nécessité
de la blessure : est-ce cette bande, cette
croix qui barre un visage ? Ne tient-elle
pas plutôt en ce personnage même,
métaphore de l’artiste, qui
fend de blanc le tableau et l’éclate,
séparant le visage des constellations
étoilées ? Dès lors
la spontanéité du chant
premier cède à l’exigence
de reconstruction qui procède par
organisation rigoureuse de l’espace
pictural.
C’est à
l’endroit de cette dualité,
thème d’une de ses expositions,
que se joue la peinture de Chantal Dufour.
La maîtrise technique y devient
le moyen par lequel s’exprime son
travail de réappropriation intellectuelle
et passionnelle. Si l’unité
demeure interrogation, la réponse
ne gît pas dans les rides du temps
mais s’assume dans cette tension
vers le futur.